Ch11 pluie soleil

Larmes et joie au même instant

Parole

Je ne pleure pas par chagrin ou par libération. C’est la souffrance du monde qui me traverse et cause ça, mais je suis super heureux. C’est un truc de réalisé.

L’image peut me faire pleurer si ça touche quelque chose qui doit toucher pour le monde, mais c’est tout. Y a rien derrière, sauf un choix parfois quand je décide qu’il y a quelque chose qui doit changer et que je m’implique. Mais je vais dormir comme un bébé quand même. J’ai aucune pensée persistante comme ça.


Commentaire

Tu vas dire : « Comment tu peux être dans la bénédiction et pleurer en même temps ? »

Parce que ce sont deux niveaux distincts. Pas opposés. Pas concurrents. Distincts.

Au niveau du fond : bénédiction stable. Au niveau de la sensation : la souffrance du monde qui traverse quand elle passe. Les deux coexistent sans se mélanger parce que l’identification au niveau-sensation a lâché.

Le non-éveillé pense que larmes = malheur. Donc si tu pleures, tu ne peux pas être heureux. C’est de la logique grammaticale, pas de l’observation.

Sid Pleure quand un enfant se fait arracher les jambes à l’autre bout du monde. Pas parce que ça le casse. Parce que c’est la posture juste devant l’horreur. Le canal de la compassion s’ouvre, l’image traverse, le corps réagit avec des larmes. Et en même temps, au fond, rien ne bouge. Il est dans la déesse. Il va dormir tranquille ce soir. Pas de pensée persistante qui ronge.

Les saints chrétiens appellent ça les lacrimae compunctionis, les larmes de compassion qui montent sans qu’on les cherche. Saint François en pleurait constamment, à toute heure. Mirabai pleurait en chantant Krishna. Tous les bhakti pleurent. Pas comme symptôme de souffrance personnelle, comme manifestation du canal ouvert.

Et la précision « pas par chagrin ou par libération » est doctrinale. Trois types de larmes possibles :

  • Chagrin : larmes du moi blessé. Quelque chose me prend, me ronge, me déchire. Le je-personnel souffre et le manifeste. C’est ce que la plupart connaissent.
  • Libération : larmes du moi qui se déprend. Quelque chose qui pesait tombe, le corps lâche, soulagement. C’est ce qui peut arriver en thérapie ou en méditation profonde, et c’est sain.
  • Karuna : larmes qui ne sont ni à toi ni pour toi. La souffrance d’autrui traverse ton canal et sort par tes yeux parce que c’est la voie de moindre résistance pour la métabolisation.

Sid est dans la troisième. Le test : tu vas dormir comme un bébé ensuite. Pas de pensée persistante. Pas de rumination. L’image est passée, elle ne s’est pas logée. Différence radicale avec le chagrin qui te garde éveillé à 3h du matin.

Le « choix parfois » est crucial aussi. La compassion n’est pas passive. Quand quelque chose touche le canal, tu peux décider de t’impliquer, agir, intervenir, soutenir. Mais le choix vient du calme, pas de l’attachement. Tu décides depuis ton royaume, pas depuis l’urgence anxieuse.

— Sid le Bouffon

Image : générée par IA (Leonardo).

Similar Posts

  • La bourse du Bouddha

    Parole Si tu penses qu’un maître spirituel peut être riche, alors tu dois pouvoir imaginer le Bouddha qui se promène à travers les pauvres et souffrants avec une bourse remplie de pièces d’or, right ? Y a pas de business teaching commercialisé ni d’accumulation d’argent pour un être réalisé. Point final. Tu peux pas emprisonner…

  • La déesse me parle

    Parole Y a aussi la déesse qui me parle pour réaligner mon esprit / réseau neural. Je me prépare un oolong. Je sens un Li Shan plus cher. Une pensée apparaît : « je vais m’en acheter plus. » Une impulsion de la déesse me fait bouger. Le mouvement fait un courant d’air. Le courant…

  • Tout est la déesse

    Parole Y a pas de séparation, sauf pour la personne qui vit dans cette illusion. Tout est parfait dans l’imperfection, car tout est évolutif. La déesse est infinie. Aucun coin de la réalité n’en est privé. C’est aussi comme de se sentir à l’intérieur de qui je suis autant qu’à l’extérieur, car mon cœur est…

  • Besoin de zéro

    Parole Je veux rien garder. Je veux juste survivre et tout redonner. J’ai besoin de zéro. Comment tu veux que je fasse, avec l’argent ? Pleurer encore plus pour ceux qui en manquent alors que j’en ai plein ? Je pourrais pas. C’est ridicule. Je vis simplement dans une pièce au sous-sol. Je possède rien,…

  • Trauma comme catalyseur

    Parole Voyons donc, c’est quoi ça ? Ça prend des claques sur la gueule et se faire enculer par un pédo, comme j’ai vécu, ou quoi ? J’étais le genre débile casse-cou qui mettait sa vie en danger à répétition. J’ai dû frôler la mort 20 fois dans ma vie : genre frappé 5-6 fois…

  • Le rire qui tient

    Parole Je ris de tout depuis longtemps, mais depuis le 25, je suis pas du monde. Fait que je ris encore plus. Faut le prendre en riant. Je ris malgré la souffrance, mais ça me passe à travers. Commentaire Si quelqu’un te parle de l’éveil et ne rit jamais, fais attention. Le rire est le…

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *