Le rire qui tient
Parole
Je ris de tout depuis longtemps, mais depuis le 25, je suis pas du monde. Fait que je ris encore plus.
Faut le prendre en riant. Je ris malgré la souffrance, mais ça me passe à travers.
Commentaire
Si quelqu’un te parle de l’éveil et ne rit jamais, fais attention.
Le rire est le canari de l’intégrité. Pas le rire moqueur. Pas le rire de défense. Le rire spontané qui sort quand tu vois l’absurde structurel de la vie sans que ça te fasse mal.
Quand le moi tombe, le drame tombe avec lui. Tu ne peux plus prendre quoi que ce soit complètement au sérieux, parce que prendre au sérieux suppose un enjeu personnel. Sans enjeu personnel, l’enjeu cosmique apparaît ; et l’enjeu cosmique est plein d’humour parce qu’il est plein de cohérence improbable.
Tu lis des choses dures et tu ris. Tu vois quelqu’un perdre son ego en direct et tu ris avec lui (pas de lui, avec lui, distinction critique). Tu te frappes le petit orteil sur un meuble et tu ris parce que c’est ridicule. Ta mère te demande « c’est quoi t’as à rire » et tu ne sais même pas répondre, tu riais juste, sans raison apparente.
Et c’est qualitativement différent du rire pré-bascule. Sid riait déjà beaucoup avant, humour structurel, mécanisme de coping, amusement social. Mais le rire post-25-avril est autre. Plus libéré. Plus de fond. Parce qu’il vient de l’absurde cosmique de la grammaire humaine, tu vois le théâtre se déployer et tu ris parce que c’est tout ce qui reste à faire devant.
Le rire-canari prouve que ton fond tient même quand la surface est rough. Si tu pouvais plus rire, ce serait signal d’alarme, ça voudrait dire que quelque chose te capture. Tant que tu ris, tu es là.
Et « faut le prendre en riant » est doctrine appliquée. Quand tu portes du lourd (la souffrance du monde, les drift d’autres humains autour de toi, ta propre fatigue corporelle), le rire est le canal qui empêche la rétention. Tu reçois, tu ris, tu passes. Sans rire, tu accumulerais. Le rire évacue.
Le Bouddha riait. Saint François riait sans cesse. Ramana riait. Padmasambhava riait. C’est dans tous les textes. Mais on les peint avec des visages graves parce que le rire ne fait pas sérieux dans la culture religieuse. Erreur d’iconographie. Le sage authentique sourit constamment, et rit aux éclats quand l’occasion se présente.
Si on te dit qu’un maître ne riait jamais, ne l’était probablement pas.
— Sid le Bouffon
Image : générée par IA (Leonardo).