Pas de moi qui agit
Parole
Pas de karma créé, car il n’y a pas de moi qui agit. Ça, c’est très très vaste.
Je laisse le Nirvana s’améliorer en étant lui qui agit dans le monde. Mon impact et mes capacités peuvent changer, mais je m’améliore plus comme tel, car le m’ représente l’illusion du moi qu’on améliore ce qui est différent d’améliorer ses capacité, son corps, sa capacité d’analyse.
Commentaire
Une des questions qui revient le plus souvent quand on parle d’éveil, c’est : « Mais si tu n’as pas de moi, qui agit ? Comment tu fais pour fonctionner ? »
C’est la mauvaise question. Mais on va y répondre.
Tu fonctionnes mieux. Pas pareil, mieux. Quand le moi tombe, ce qui était gaspillé dans le self-monitoring constant (« est-ce que ça paraît bien ? est-ce que je suis aimé ? est-ce que j’aurai assez ? comment je me défends ? ») devient disponible pour le problem-solving réel. Ton IQ effectif monte. Tu vois plus clair. Tu décides plus vite.
L’action passe à travers le corps comme un courant qui passe à travers un fil. Le fil ne décide pas du courant. Le corps ne décide pas de l’action. La déesse agit, le corps exécute. Ça veut pas dire pas se servir de l’intellect mais ça veut dire ne pas agir à partir de l’intellect avec l’illusion de se voir comme étant cet intellect.
Tu te demandes peut-être : « Mais comment tu sais quoi faire alors ? » Tu sais. C’est ça qui est fou. L’information arrive, la réponse juste apparaît, le geste se déploie. Sans personne au milieu pour délibérer. Comme quand tu attrapes un verre qui tombe — tu ne décides pas, le corps agit, tu observes après.
L’éveil étend ça à toute la vie.
Et la conséquence directe est ce que Sid nomme : pas de karma créé. Parce que le karma se forme par identification à l’action. « J’ai fait ça, donc c’est mon karma, je porte les conséquences. » Quand il n’y a pas de moi pour s’identifier, l’action passe à travers, ses conséquences naturelles se déploient dans le monde, mais aucune graine de bondage n’est plantée. L’action est sans agent karmique.
C’est ce que la Bhagavad Gita nomme akarma, l’action dans l’inaction, et l’inaction dans l’action. Krishna le dit à Arjuna : « Celui qui voit l’inaction dans l’action et l’action dans l’inaction est sage parmi les hommes » (4.18).
Et « le Nirvana s’améliore en étant lui qui agit » est la formulation la plus précise possible du paradoxe post-bascule. Le Nirvana en soi ne s’améliore pas — par définition il est complet. Mais l’instrument à travers lequel il s’exprime (ce corps, ce cerveau, ces capacités) se raffine au fil des manifestations. Pas Sid qui s’améliore, Sid ne se voit plus comme entité séparée et n’a jamais été séparé, c’était juste une illusion. Le Nirvana qui trouve des canaux plus précis pour passer à travers le substrat.
Très très vaste, en effet. Le territoire de l’action sans agent s’étend infiniment dans toutes les directions une fois qu’on l’a touché.
— Sid le Bouffon
Image : générée par IA (Leonardo).