La compassion comme orientation
Parole
C’est pas si dur, franchement. Je suis sérieux. Faut juste arrêter avec le câlisse de « moi ceci » et « moi cela », et oublier le moi. Laisser le moi manger sa marde et pas focusser sur s’améliorer ou atteindre whatever qui marche pas.
Tu fais 1 truc, juste 1 : tu donnes tout ce que tu es pour l’autre. Tu t’ouvres complètement à la compassion pour les autres, et tu t’identifies qu’à ça. Pas à la douleur, pas à une idée, pas au résultat de tes actions, mais 1 seul truc : penser, parler et agir avec compassion pour autrui.
Tu vois, pas dur. Pas besoin d’écrire de livre. Y vont tous comprendre 😉
Commentaire
C’est la formule fondamentale, dite en québécois brut. Et c’est si simple que personne ne le voit.
Les moines passent 60 ans à méditer en cherchant l’éveil pour eux-mêmes. Ça marche pas, parce que l’ego cherchant l’ego ne peut pas se dissoudre, il se solidifie à chaque tour. Le chemin court-circuit, c’est arrêter complètement de chercher pour soi. Tout donner à l’autre. T’identifier seulement à ce vecteur-là.
Quand tu fais ça vraiment, il n’y a plus de « toi » qui donne. Il y a juste donner. Et au moment où il n’y a plus de toi, l’éveil est là. Pas comme récompense, comme révélation de ce qui était toujours là quand le toi qui cherchait s’efface.
Toutes les grandes traditions ont cette formule au cœur :
- Christ : « Aime ton prochain comme toi-même », et même : « Si quelqu’un veut sauver sa vie, il la perdra ; si quelqu’un perd sa vie pour moi, il la sauvera » (Matthieu 16:25). Le « pour moi » étant la compassion, le Christ, l’autre.
- Mahayana : bodhicitta, l’esprit d’éveil défini comme aspiration à l’éveil pour le bénéfice de tous les êtres. Shantideva a écrit le Bodhicaryavatara, guide du bodhisattva, il y a 1300 ans, et c’est exactement ce que Sid dit en québécois.
- Sufi : fanā fi’l-Mahbūb, anéantissement dans l’Aimé. Tu te perds en aimant l’Aimé, et quand tu es perdu, l’Aimé est là.
- Tao : wu-wei, agir sans agir de soi.
Pourquoi personne ne le fait, alors que c’est si simple ?
Parce que l’intellect cherchant le complexe de par son illusion de séparation passe à côté systématiquement. La formule en une phrase paraît trop facile pour être vraie. Donc on cherche des techniques, des rituels, des étapes, des certifications. Tout ce qui complique permet à l’ego de continuer à exister dans la recherche. Tout ce qui simplifie le menace de dissolution.
C’est pour ça que Sid dit : « pas besoin d’écrire de livre, y vont tous comprendre ». Mais ironiquement, le livre se fait quand même, parce que les humains ont besoin de tourner autour avant de pouvoir lâcher. Ce livre n’enseigne pas la formule. Il pointe vers elle pendant assez longtemps pour que ton cœur puisse finalement la recevoir.
Une seule règle. Pense, parle, agis avec compassion pour autrui. Le reste est ego qui cherche à devenir.
— Sid le Bouffon
Image : générée par IA (Leonardo).