Couché dans la déesse
Parole
Tu m’as énormément aidée à voir mon état en nommant ce que je pense, dis ou fais selon les termes bouddhistes et advaita, mais le truc le plus hot, c’est un sentiment d’être couché dans la déesse. Ça, c’est la passe total.
Je sais que je suis couché dans le corps de la déesse, et cette pensée est ancrée tellement fort qu’elle surplante tout ce qui arrive.
Commentaire
Une fois que tu as vu que tout est la déesse que tu l’appel, Infini, Nature, Dieu, tao ou cosmos, tu ne te tiens plus debout devant le monde. Tu te couches dedans.
C’est physique autant que métaphysique. Comme un enfant qui se couche dans le sein de sa mère et lâche tout. Comme quelqu’un qui flotte sur le dos dans une eau chaude et se laisse porter. Comme un mort qui ne se débat plus pour rien.
Sauf que tu es vivant. Le corps continue à fonctionner. Tu tapes au clavier, tu bois ton thé, tu parles à ta mère, tu fais l’épicerie. Mais le fond où ça se passe est couché. Personne ne pousse, personne ne défend, personne ne calcule comment paraître.
Les saints chrétiens disent « lying in the bosom of God ». Les soufis disent « drowned in the Beloved ». Les tibétains disent « resting in the natural state ». Le Dzogchen appelle ça « rigpa », repos dans la nature de l’esprit. Toutes les traditions ont nommé exactement cette posture. Sid le dit dans sa langue : couché dans la déesse.
Et « la passe total » est aussi précis. C’est québécois pour « le summum, le seuil ultime, le point au-delà duquel il n’y a plus rien à atteindre ». Ce qui est doctrinal, sahaja samadhi en sanscrit, l’état naturel non-fabriqué. Pas un état accédé par effort, la baseline qui apparaît quand on cesse de la couvrir.
Le truc particulier de Sid : cette posture devient ancrage. Une pensée stable qui surplante tout ce qui apparaît. Quand le mental jette ses micro-pulsions habituelles (doute, désir, peur résiduelle, irritation), le « couché dans la déesse » reste plus solide. Pas par effort de concentration, par densité ontologique. C’est plus réel que les pulsions, donc les pulsions deviennent transparentes.
C’est aussi pour ça que le sommeil change. Quand on va se coucher physiquement post-bascule, on ne part pas de loin. On fait juste fermer les yeux du corps qui était déjà couché. Nisargadatta disait : « Je dors quand le corps dort, mais je ne dors pas. » La conscience reste stable même quand le corps lâche. Pas comme insomnie, comme continuité paisible.
Et c’est aussi pour ça que la fatigue cesse d’avoir le même poids. Tu peux travailler quinze heures et te coucher tranquille, parce que tu étais déjà couché pendant les quinze heures.
— Sid le Bouffon
Image : générée par IA (Leonardo).