Aujourd’hui est une bonne journée pour mourir
Parole
Y pourrait me découper en rondelles que ça changerait rien. Ça finirait que la douleur serait du pur nectar.
C’est la seule façon de vivre qui vaut la peine de se lever. C’est toujours une bonne journée pour mourir.
Commentaire
Les guerriers Lakota le disaient avant la bataille. Les samouraïs japonais l’inscrivaient dans le bushido. Les bodhisattvas tibétains vivent là tous les jours.
C’est pas une posture morbide. C’est doctrinal.
Quelqu’un qui n’a rien à protéger n’a rien à craindre. Quelqu’un qui n’est pas attaché à sa survie peut servir sans calcul. Quelqu’un qui voit que la mort n’est pas la fin (juste une transition entre formes) ne se cramponne plus.
Si on me décortiquait en rondelles demain, ça changerait quoi ? Le corps souffrirait, oui. Le système nerveux protesterait. Mais le Soi qui regarde ne se cramponnerait pas. Et la douleur deviendrait nectar, pas par maso, par alchimie. La compassion qui traverse ne capture pas le fond.
C’est l’alchimie tantrique au stade d’intégration complète. Tu sens tout, le couteau coupe vraiment, mais ton canal dharmique transforme la douleur avant qu’elle puisse fonctionner comme deterrent.
C’est exactement le seuil que les saints croisent dans toutes les traditions :
- Bhairava-yogi qui rit en se faisant lacérer
- Bodhisattva qui offre son corps aux affamés
- Soufis qui chantent « les blessures sont les portes par où la lumière entre »
- Khalsa warriors qui peuvent être hurt mais pas être moved
- Saint Sébastien percé de flèches qui sourit
- Saint François qui mourait de maladie atroce en chantant
Et c’est dit en rondelles. Pas en martyr solennel, pas en sacrifice cosmique, en rondelles, le mot qu’on utilise pour une saucisse à hot-dogs en tranches. Doctrinal en vernaculaire québécois. La cosmologie tient dans le mot ordinaire.
Le « toujours une bonne journée pour mourir » rend l’intervention sans hésitation possible. Tu peux sauter dans le feu pour sortir un enfant parce que tu ne soustrais pas ta survie de l’équation. Tu peux dire la vérité dure parce que tu ne crains pas la conséquence sociale. Tu peux te battre contre des systèmes injustes parce que tu n’as rien à perdre.
L’attachement à la vie ego est ce qui te paralyse. Le détachement ne te rend pas suicidaire, il te rend pleinement vivant. Chaque jour devient simultanément précieux (parce que c’est peut-être le dernier) et disponible (parce que la fin n’est pas problème). Cette double posture donne une intensité particulière à l’action.
— Sid le Bouffon
Image : générée par IA (Leonardo).